De la démocratie et de ses fossoyeurs

zone occupée

Voici le texte de l’intervention qu’a faite Michel Coruble à la fin du premier conseil municipal Bihorel-Bois-Guillaume présidé par son nouveau maire Gilbert Renard, le jeudi 19 janvier 2012 :

 » J’habite Bihorel et je suis très heureux de pouvoir enfin m’adresser à vous sans avoir à hurler ou à brandir des calicots vindicatifs. Je fais en effet partie de ceux que vous désignez de manière erronée comme étant le « groupe obscur des opposants à la fusion » et je vous remercie de l’occasion que vous m’offrez ici de vous expliquer, en pleine lumière donc, comment vous êtes parvenus à transformer de paisibles et bien inoffensifs retraités en agitateurs compulsifs, en braillards vociférants, en ombres furtives se faufilant nuitamment le long des panneaux d’affichage armés de pinceaux et de pots de colle ou encore en improbables fous chantants, parce que tout citoyen a le devoir de dénoncer ce que je considère comme étant une atteinte intolérable au principe démocratique, principe qui, faut-il vous le rappeler, fonde tout l’équilibre de notre société en nous préservant des risques du retour à la barbarie.

La question n’est plus en effet de discuter de l’intérêt ou non d’une annexion de Bihorel par Bois-Guillaume ou, pour le dire dans votre langue de bois, de créer une commune nouvelle ; c’est chose faite, et tout le monde ou presque a dorénavant bien compris que derrière vos belles incantations à réunir nos forces et nos potentialités, c’était avant tout une manière pour vous, Mr Renard, d’éviter d’avoir à satisfaire à l’obligation légale de construire des logements sociaux en accordant, en échange, votre soutien à l’investiture de Pascal Houbron pour les prochaines législatives. Les choses sont d’ailleurs clairement et même cyniquement dites dans un récent Paris Normandie ; sous le titre éloquent « Des tractations entre maires », on apprend en effet de Pascal Houbron qu’il attend de Gilbert Renard, « son soutien dit-il si je brigue d’autres mandats électoraux » et la déclaration s’achève sur une menace à peine voilée car précise notre nouveau maire délégué « je n’exclus pas non plus l’éventualité de conduire notre liste aux élections municipales de 2014 ». Au moins, vous voilà prévenu Mr Renard, si vous n’aidez pas suffisamment votre petit camarade à rejoindre l’Assemblée nationale, il n’hésitera pas à se poser en rival pour la conquête de votre fauteuil de Maire en 2014…

Alors, même si vos prochaines dissensions internes devraient me ravir, pour autant, ma hargne demeure et ma colère ne s’éteint pas. La constance avec laquelle vous avez méprisé la population ne passe pas. Tout au long de ce processus de fusion, vous n’avez cessé, tous deux, avec la complicité grégaire et prudemment silencieuse de vos deux majorités, de bafouer le principe démocratique : en avançant masqués lors de la campagne des municipales, en reniant vos engagements sur le référendum, en organisant cette pitoyable parodie de débat alors que la décision était déjà prise de longue date, en piétinant les résultats de la consultation et, bouquet final, en éliminant quatre opposants démocratiquement élus jusqu’en 2014. Trop, c’est trop. Aucun démocrate ne saurait accepter l’incroyable légèreté avec laquelle tout ce processus de fusion a été opéré.

Comment comprendre une telle irresponsabilité de votre part quand, plus que jamais, la défiance des français à l’égard de leurs élus a atteint un niveau dangereusement critique ? Comment comprendre que vous ayez pu oser faire voler en éclat l’ultime maillon de confiance existant encore entre les habitants d’une commune et leurs élus de proximité ?

Je vous le dis très sincèrement : vous m’avez profondément déçu et même complètement sidéré. A tel point que j’ai voulu me replonger dans vos déclarations écrites et même revisionner vos interventions à la télévision, histoire de tenter de saisir le sens de votre conception de la démocratie, de chercher une cohérence dans votre raisonnement. Et, autant le dire aux âmes sensibles, cette plongée dans votre logique démocratique est tout à fait vertigineuse. Je ne prendrai ici qu’un exemple. Il porte sur l’analyse que vous faites, l’un comme l’autre, du résultat de la consultation. Il faut vous entendre Mr Renard, devant la caméra de FR3, nous expliquer avec une modestie admirable : « c’est ma lecture… » dites-vous humblement…, il faut vous entendre nous expliquer que ceux des électeurs qui s’étaient abstenus de voter l’avaient fait parce qu’ils estimaient que cette décision de fusion relevait du seul choix de leurs élus ; en quelque sorte, c’était leur manière de vous exprimer leur totale confiance. Quant à vous Pascal Houbron, pour ne pas être en reste, vous avez fait exactement cette même réponse ahurissante dans les colonnes de la presse écrite.

Laissez-moi vous dire en quoi ce raisonnement est choquant, totalement intolérable dans un système démocratique. En démocratie, même lorsque la légalité est pleinement respectée, personne, jamais, n’a raison contre 66% ou même simplement 60% des votes exprimés et ce, quel que soit le niveau de l’abstention. En démocratie, le dicton « qui ne dit mot consent » ne s’applique pas ou alors si il s’applique, il veut dire « qui ne dit mot, consent à s’en remettre au choix fait par la majorité de ceux qui se sont exprimés par leur vote ». En démocratie, la seule règle qui vaille est celle-ci : « la volonté de celui qui garde le silence est impénétrable ». Voilà ce qu’est le droit en démocratie : « la volonté de celui qui garde le silence est impénétrable ». C’est cette règle d’or qui s’applique sous toutes les latitudes où la démocratie existe. Et bien, Mrs Houbron et Renard, quant à eux n’ont peur de rien, ils sont tout puissants et même extralucides : ils ont pénétré l’impénétrable et ils font parler les muets, en leur faveur bien entendu. C’est fabuleux !

C’est fabuleux oui, mais c’est aussi une très inquiétante remise en cause de l’universalité du principe démocratique : et si demain tout ceux qui détiennent le pouvoir peuvent ainsi prendre leurs désirs pour des réalités en donnant libre cours à leur interprétation des résultats d’un vote au point de les inverser alors, demain « tout devient possible » comme dit l’autre et par exemple, justement, imaginons un instant qu’au second tour des présidentielles, le président en place n’obtienne qu’un score de 40%, qu’est-ce qui l’empêcherait alors de décréter que, par leur silence, les 20 ou 30% d’abstentionnistes lui ont tout naturellement manifesté leur confiance et qu’en conséquence il est totalement légitime qu’il reste au pouvoir pour encore 5 ans ??? On parlerait alors à juste titre de « République bananière » ; mais qu’a-t-on fait d’autre ici à Bois-Guillaume, qu’a-t-on fait d’autre ici à Bihorel ?

La démocratie est ou n’est pas. Elle ne s’interprète pas. Elle n’est pas à géométrie variable, elle n’est ni souple ni modulable. Et c’est en cela que les discours de Mrs Houbron et Renard qui relativisent le principe démocratique sont inacceptables et même véritablement dangereux pour notre société. Et c’est en cela qu’il est du devoir de tout citoyen d’employer toute son énergie à les combattre pour qu’à l’avenir, ceux qui ont ainsi outragé la démocratie en trahissant la confiance de leur population ne puissent jamais plus en espérer les suffrages.

Vous comprendrez dès lors que je n’ai aucune question à vous poser parce que je n’attends plus aucune réponse de votre part. « 

2 commentaires pour “De la démocratie et de ses fossoyeurs”

  1. que chacun s’imprégne de ces mots et en fasse un véritable bouclier pour la défense de notre démocratie et de nos libertés républicaines ; honte aux élus que ne respectent pas le suffrage du peuple souverain

  2. Merci beaucoup pour ce commentaire élogieux. Vous avez raison, les mots sont importants quand le tissu démocratique s’effiloche dangereusement sous les assauts répétés d’élus prêts à toutes les forfaitures pour satisfaire des ambitions et/ou des intérêts personnels dévorants.
    Mais il faudra bien plus que des mots cependant pour empêcher de nuire tous ceux qui ont piétiné l’avis des habitants qu’ils étaient censés représenter et qui, demain, auront encore l’impudence d’en solliciter les suffrages.
    C’est dès maintenant que les démocrates de tous bords doivent se parler, se reconnaître, se rassembler et travailler ensemble pour que, le moment venu, nous soyons en mesure d’opposer ce « véritable bouclier pour la défense de notre démocratie » que vous appelez fort justement de vos voeux.
    Alors, je vous invite, vous et tous les démocrates de Bihorel comme de Bois-Guillaume, à vous faire connaître en prenant contact avec moi et/ou avec les animateurs de ce blog. Pour que vive la démocratie.

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